TÉMOIGNAGES

La guerre d’Algérie / guerre de libération, racontée par ceux qui l’ont vécue

Par Bernard ANDRIEUX

« J’ai collecté soixante six témoignages auprès de l’ensemble des acteurs de ce conflit aussi bien auprès des Algériens que des Français, aussi bien en Algérie qu’en France.

Je voulais saisir ce conflit dans son ensemble. Je voulais ainsi rendre compte de toute la complexité de cette guerre à travers les différentes facettes que sont chacun des acteurs. Mon propos était de vouloir permettre à chacun de ces derniers quelle que soit son appartenance de pouvoir raconter sa « guerre ».

J’ai pu ainsi couvrir la palette d’acteurs que je souhaitais : enfants à l’époque, femmes algériennes, françaises et pieds noirs, Français ayant soutenu le FLN, harkis, insoumis, membres du FLN et de l’ALN, membres du MNA, membres de l’OAS, militaires appelés et de carrière.

En s’appuyant sur les témoignages, on découvre autant de guerres d’Algérie que de témoins car le vécu de chacun est unique. Le témoignage nous amène au cœur de la subjectivité puisque c’est une parole « je » qui s’exprime sur un événement.

Au-delà des idées toutes faites, des a-priori sur les engagements des uns et des autres, je découvrais ainsi que chacun avait eu non pas raison mais sa raison d’agir comme il l’avait fait.

Quelque soit l’idéal de chacun, on retrouvait la même sincérité, la même conviction, le même sacrifice, le même courage, le même devoir, la même peur.

A partir de ces témoignages, j’ai réalisé un documentaire de 59’ « Algérie, Facettes d’une guerre (1954-1962) », produit par Les Films d’un Jour. Le DVD est disponible chez le producteur 74 rue du Cardinal Lemoine 75005 Paris Tel : 01 80 89 90 00″

Pour faciliter le choix du témoignage à visionner, je présente en quelques lignes chaque témoin. Il suffit alors de cliquer sur extraits afin de le voir apparaître.


Serge CAREL

Né en 1937. Harki.

De famille « au service de la France », il s’engage comme harki en juillet 1957. Il participe à de nombreuses opérations. Il s’oppose à un de ses capitaines au sujet de la torture et sauve un couple de la mort. Le cessez le feu le surprend. En juillet 1962, il est arrêté et torturé par le FLN. Le fils du couple qu’il a sauvé le sauve à son tour en lui permettant de s’évader. Il se cache chez sa tante et il ne pourra quitter l’Algérie qu’en juin 1964 avec de faux papiers.

Extrait : l’engagement

 


Pierre LE BARS

Né en 1936. Appelé.

Il est appelé en 1958. Il se marie pendant ses classes. Reçu à l’examen pour être officier, il part pour l’école de formation de Cherchell (juin-décembre 58). A sa sortie, il choisit une affectation comme instructeur à Clermont-Ferrand (décembre 58-septembre 59). La naissance de son fils reculera d’un mois son départ pour l’Algérie où il est affecté comme lieutenant dans un commando de chasse (octobre 59-juin 60) situé dans l’Ouarsenis. La vie est rythmée par les opérations continuelles. Il subira l’épreuve du feu lors de sa première opération. Il est libéré en juin 60 et met quelques mois à récupérer et à se sentir en sécurité.

Extrait : l’épreuve du feu

 


Dalila Yamina BRAHIMI-SALAH

Née en 1940.

Elle baigne dans un milieu nationaliste et en 1955, après différentes actions, âgée de 15 ans, elle pose une bombe dans un café fréquenté par des militaires français. Elle s’enfuit et gagne le maquis. Elle devient infirmière. Elle va circuler dans différentes willayas dont la une, celle des Aurès où elle va être blessée en 1960. Elle est évacuée en Tunisie. Elle rejoint Le Caire où grâce à une bourse du gouvernement égyptien, elle suit une véritable formation d’infirmières à l’issue de laquelle elle reçoit son diplôme des mains de Nasser. Elle reste au Caire et travaille au ministère des Affaires étrangères algérien. Elle regagne l’Algérie et quitte le ministère pour entrer à la mairie de Maison-Blanche dont elle en devient le maire en 1975.

Extrait : L’hôpital souterrain


 


Bernard BOUDOURESQUES

Né en 1922. Prêtre. Soutien du FLN.

Polytechnicien, il est ordonné prêtre de la mission de France en 1953 et est engagé au CEA. Très rapidement, par le biais de prêtres de la mission de France en Algérie, il apprend le développement de la torture. Robert Davezies, dont il est proche, lui demande d’héberger un Algérien pour une nuit. Suite à l’arrestation de celui-ci quelques mois plus tard pour une tentative d’assassinat contre Jacques Soustelle, il est lui-même arrêté en octobre 58 par la DST, inculpé d’atteinte à la sécurité extérieure de l’État et association de malfaiteurs puis mis en prison à Fresnes.
Il y restera quatre mois et sera mis en liberté provisoire en février 59 puis son dossier sera perdu. Il reprend son travail au CEA et s’occupe jusqu’à l’indépendance des enfants algériens orphelins.

Extrait : l’arrestation

 


Hilda EL-BEZE-LEVY

Née en 1947. Pied-noir.

La guerre se fait sentir par la mise en place du couvre-feu. le 20 août 1955 est une journée terrible où elle voit des cadavres dans les rues. Pourtant cela ne change pas le rapport avec les Arabes de son village. Son flirt est tué d’un coup de feu juste à côté d’elle. Elle en gardera le silence pendant des années. Elle vit avec beaucoup de peur. Ali, un jeune algérien qu’elle ne voyait plus à l’école, revient quelques mois plus tard dans un camion de l’armée, prisonnier et la mère d’Hilda lui donne à boire et à manger et s’oppose ainsi à l’armée. Elle se souvient avec effroi des colliers d’oreilles rapportés par la Légion. La famille reste jusqu’en septembre 62. Ils rejoignent Marseille puis Besançon où ils prendront racines. L’intégration est difficile y compris avec la communauté juive.

Extraits : le flirt


Yves GEOFFROY

Né en 1943. Pied-noir, membre de l’OAS.

Il n’a que onze ans le 1er novembre 1954. Pour lui, les choses démarrent réellement avec les attentats et la bataille d’Alger. Il participe au 13 mai et à la grande fraternisation. Le discours du général de Gaulle sur l’autodétermination en 1959 détermine son opposition à sa politique. En janvier 1960, il participe aux barricades aux côtés de Lagaillarde. Le putsch d’avril 1961 est une nouvelle opportunité pour lui. Voulant être plus actif dans la lutte, il s’engage dans l’OAS et devient membre des réseaux « Delta ». Il participe à des plasticages au début puis à des « ponctuelles », actions toujours effectuées sur la base de BR (bulletins de renseignements). Il quitte par avion Alger quelques jours avant l’indépendance. Il reprend ses études après son service militaire.

Extraits : l’engagement


Ali AGOUNI

Né en 1934. Membre du MNA.

Il s’engage dans le PPA-MTLD avant le début de la révolution. Le 1er novembre ne le surprend pas, il en est content. Il continue son travail de propagande auprès de la population et son action de recrutement auprès des appelés qui ne veulent pas faire leur service. Il les oriente vers le maquis. Lui-même y conduit un groupe et décide d’y rester. Il se trouve dans un fief FLN où il rencontre Ramdane, Krim et Ouamrane avec lesquels il débat. Il quitte ce maquis avec quelques maquisards tandis que d’autres décident d’y rester. Il montre que les maquis MNA étaient actifs. Il est arrêté en 1958 puis torturé. Il est ensuite incarcéré dans un camp. Il y rencontre le dirigeant de la zone FLN qui avoue ne pas comprendre la lutte MNA/FLN. Il pense que le cessez le feu va permettre des négociations avec le MNA. Il est libéré et quand il voit la teneur de certains écrits contre le MNA, il décide de rejoindre la France pour y continuer le combat. Il est satisfait de l’indépendance tout en regrettant de ne pas pouvoir y participer. Il retourne en Algérie sous Chadli et y retourne maintenant très souvent pour participer à des débats.

Extraits : le maquis


Jacques ALLAIRE

Né en 1925. Militaire de carrière.

Il est libéré des camps vietminh le 2 septembre 54 après avoir défendu Dien Bien Phu. Il rejoint Bayonne comme adjoint à la brigade parachutiste. Il rejoint en février 56 le 3ème RPC de Bigeard dont il loue les qualités. Il évoque les conditions du combat en Algérie en comparaison à l’Indochine. Il participe à la bataille d’Alger en 1957 et arrête plusieurs personnalités dont Ben M’hidi. Il lui fait rendre les honneurs avant de le livrer sur ordre au commandant Aussaresses. Il recherche plus le renseignement par des actions psychologiques. Il est partisan des putschistes mais ne fait qu’une petite action à Blida. Il découvre les lâchetés. Il passe devant le tribunal militaire et s’en sort par une mise aux arrêts. Il est muté en France avec interdiction de servir dans les paras. Il choisit l’ALAT. Il est approché par l’OAS à qui il refuse son soutien car il ne croit plus à ce combat. Il reste cependant partisan de l’Algérie française.

Extraits : Importance de la mobilité

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